Chailland : 300 ans d’industrie métallurgique.

Dans le Maine, l'apparition au XVI ème siècle du haut-fourneau et l'utilisation de l'énergie hydraulique qui lui fut associée pour actionner soufflets et marteaux, révolutionnèrent l'industrie du fer. Parmi la vingtaine de sites implantés au XVI ème siècle prés de cours d'eau et de forêts ( Jublains Saint-Pierre des Nids,Aron...),celui de Chailland (1551) devint l'un des plus importants.

 

Le haut-fourneau au bord de l’eau

Haut-Fourneau-de-la-Forge300

L'origine de la Grande Forge remonte à l'acte du 8 juin 1550 par lequel les seigneurs d'Aubert édifièrent une digue de régulation des eaux. A partir de la rive gauche, on distingue encore sous le tablier du pont enjambant l'Ernée les arches anciennes, les rives construites, « les partages des eaux entre les bourbiers affectés au lavage des minerais et les emplacements des roues à aubes »(J-P Gallard).

 

Sur cette même rive, apparaît le vestige d'un haut fourneau du XVIIIème siècle que l'on reconnaît à son large ébrasement de halle de coulée (un autre haut fourneau fut élevé en 1724 prés de l'étang de Villeneuve). C'est par le gueulard que l'on chargeait le minerai de fer, le charbon de bois et la castine (liant calcaire).L'ouvrage fonctionnait en continu et produisait deux coulées par vingt quatre heures. Les gueuses de fonte (=une tonne) obtenues à la sortie étaient affinées (fonte cassante purifiée pour donner du fer) à la forge voisine. On découpait le fer en barres, après un nouveau réchauffement à la fenderie. Celle-ci était éloignée de quelques centaines de mètres en aval en raison de l'étroitesse de la vallée de l'Ernée à la Forge.

 

Du bois mais pas assez de minerai

Pendant toute la durée de l'exploitation, le bois ne fit jamais défaut. Vers 1780, la forêt de Mayenne couvrait 3000 hectares aménagés en taillis sous futaie et divisée en 18 coupes de 160 hectares pour le besoin des Forges. Une coupe de 125 hectares (=3000 sacs de charbons de bois de 50 kilogrammes) de bois de taillis de 20 ans suffisait alors au besoin annuel des deux fourneaux. En revanche, le minerai de fer, extrait les premiers temps des carrières à ciel ouvert en forêt de Mayenne, vint à manquer au XVIIIème siècle. Dès la fin du XVII ème siècle, on du exploiter trois mines au Bourgneuf la Forêt (15kms). On comprend alors que, pour le transport de tous les matériaux à l'usage des forges, on utilisât jusqu'à 400 chevaux et mulets.

 

Taques et fer en barre.

Jusqu'au XVIIIème siècle, quelques spécialités métallurgiques firent la renommée de Chailland : des taques de cheminées armoriées et des dalles tumulaires en fonte moulée, des essieux pour voitures.
Mais la Forge produisait surtout du fer en barres, en verges et vergettes, vendu en Anjou et en Normandie, principalement aux cloutiers de la région  de Tinchebray. Elle fournissait également serruriers, dinandiers et maréchaux.
A partir de 1827, la commercialisation devint difficile. La concurrence des forges à l'anglaise (meilleure productivité) établie en France porta un coup fatal aux forges à bois, difficile, alors d'écouler la production locale : 600 tonnes de fer pour l'année 1834. Les traités libre-échangistes de 1860 hâtèrent la fermeture en 1862.

 

500 ouvriers comme des abeilles dans une ruche.

forge

Au hameau de la grande forge un immeuble collectif à 3 niveaux et 5 souches de cheminées desservant des logements à distribution verticale, avec galerie de bois en façade arrière, rappelle l'ancienne présence ouvrière. Dès 1717, une "montrée" fait état de l'habitation des forgerons «  bastye le long de la cour main droite en descendant à la Forge ».
Un siècle plus tard, un acte signale «  des habitations se tenant les unes aux autres (....), couvertes en bardeaux, servant de logement à 22 ouvriers forgerons dont l'une d'elles est à un étage et sert  d'habitation au caissier de la forge ».Excepté ces quelques ouvriers fixés sur leur lieu de travail en raison de leur spécialisation métallurgique, tous les autres étaient affectés à la coupe du bois, à la fabrication du charbon, à l'extraction du minerai, ou au transport des matériaux. Ils étaient payés à la journée et , en période de basses eaux, s'affairaient aux moissons. Leur situation n'était guère reluisante, à en croire le Cahiers des Doléances : 183 chefs de familles demandaient l'aumône. « Cette classe d'hommes se ressent des lieux sauvages qu'elle habite, et leur caractère grossier aiguillonné par le besoin les portent à toutes sortes d'excès (..)Ils ravagent les jardins et vergers en plein jour ».

 

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